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Full text of "Le commissaire est bon enfant [par] Georges Courteline et Jules Lévy"

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Courteline,    Georges 

Le  comîTiissaire  est  bon 
enfant 


Les  pièces  à  succès.  F'  34 


Prix  NET  :  60  centimes. 

e  Commissaire 
est  bon  Snfant 


tiédie    de  salon   en    un   acte 
VEC  trkizp:  simili-gravures 


Par  GEORGES  COURTELINE 
et  JULES  LÉVY 


PARIS  -  Eniesl  FLAMMARIO.\,  éditeur.  26,  rue  Racine 
ùème  Série. 


—  PARIS 


Digitized  by  the  Internet  Archive 

in  2010  with  funding  from 

University  of  Ottawa 


http://www.archive.org/details/lecommissaireestOOcour 


Le  Commissaite 

est  bon  enfant 

COMÉDIE    EN    UN   ACTE 


Représentée  sur  la  scène  du  GYMNASE 
le  16  Décembre  1899,  sous  la  direction  artistique  de  M.  Paul  Franrk 

puis,  pour  représentations  régulières, 
sur  celle  du    THEATRE    ANTOINE,    le   9   Février    i:»:"> 


OUVRAGES  DE  GEORGES  COURTELINE 

ROMANS 

Les   Gaietés  de  l'escadron  (illustralions  en  couleurs  de  [Ciit.i-AUME) 

(l.y  «n\7o 1   vol. 

Les  Femmes  d'amis  (!)•  îïu'i/e) — 

Le  Train  de  8  h.  47  (illnslralions  en  coiileiiis  de  Guillaume)  iôO' mille)        — 
Lidoire  et  Potiron  (illnslralions  on  couleurs  de  Guillaume)  {20'miUe).         — 

Boubouroche  (illuslrations  en  couleurs)  (12' mille) — 

Messieurs  les  Ronds-decuir  (10*  ?)rtife) ^ — 

Ah!  Jennesse!(7' «(i7/c) ■ — 

Un  Client  sérieux  (10*  Hu7fe) — 

La  Vie  de  caserne  (illuslrations  de  Dupray),  1  vol.  in-l* 

Le  51*  chasseurs 

Madelon,  Margot  et  C* ~ 

Les  Facéties  de  Jean  de  la  Butte ■ — 

Ombres  parisiennes — 

LE  TRAIN  DE  8  h.  47 

édition  |iopul;:irc  illusliée  en  livraisons  à  0  fr.  10. 

L'œuvre,  complète.  Prix  10  francs. 


Le  Gendarme  est  sans  pitié. 

Bouliouroclie. 

Lidoire. 

La  Peur  des  coups 

Le  Droit  aux  étrennes. 

'(  héodore  cherche  des  allumettes. 

/iortense,  couche-toi. 

La  lettre  charçiee. 

L'Exlra-Uicide. 

L'Affaire  Blancheton. 

Les  Joyeuses  Commères  de  Paris. 

Joséphine  elle  est  malade. 


5  fr. 

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GO 

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Ou 

THEATRE 

Un  Client  sérieux 

La  Cinquantaine. 

La  Voiture  vergée. 

Les  Gaietés  de  l'escadron. 
i      Les  Boulingrin. 
i      Gros  Cliagrins. 
I      Monsieur  Badin. 
I      Panthéon-Gourcelles. 

L'Allaire  Champignon. 

Les  Grimaces  de  Paris. 
I      Emilienne  aux  Quat'-z'-arts. 
I      Petin,  Mouillarbourg  et  Consorts. 


OUVRAGES  DE  JULES  LÉVY 


NOUVELLES 

Exposition  de  tableaux  à  la  plume,  1  vol.  Couverture  illustrée  pa,r  H.  Cray 
Les  Maris  qui  font  rire.  1  vol.  (3"  mille).  Couverture  illustrée,  par  Emile  Colil. 

Parigotes!  1  vol.  (3'  mille).  Couverture  illustrée  par  Fernand  Kau 

Les  Gosses  de  Paris  (3*  mille).  Couverture  ilhistréepar  H.  Gerbault 

Belles  de  jour  et  belles  de  nuit.  1  vol.  (4*  mille).  Couverture  illustrée  par  Fer- 

diuanil  lîac 

r.iiouette,  v'ià  des  artisses  (3°  mille).  1  vol.  Couverture  illustrée  par  II. -P.  Dillon. 

Tout  a  la  rigolade!  (3*  mille).  1  vol.  Couverture  illusti-ée  par  II. -1'.  Dilloii 

Les  Fenanes  à  tout  le  monde  (4*  mille).  1  vol.  Couverture  illustrée  par 

.M.  .Nruniont ' 

Tout  ça...  c'est  des  histoires  de  femmes  (4*  mille).  1  vol.  Couverture  illustrée 

par  l'iibera 

THÉÂTRE 


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rstelle  au  lansquenet.  Comédie  en  un  acte 

avec  illuslialions  île  Caran  d'Arclic. 
Lt  Douche.  Comi'die  en  un  acte  avec  illus- 

Iralious  de  M.  iNcuiiioiit. 
Le  Confident.  Coun'dic  en  un  acte  avec  illus- 

ti-atiuns  do  Henri  l'ille. 
Le  Cabaret  de  la  chanson.  Opérette  on  un 

acte. 
La  Façon  de  penser.  Comédie  en  un  acte 

,ivoc  illustiations  de  II. -P.  Dillon. 
I  .1   Fortune  du  pot,  comédie  en  un  acte. 
!  i  tu  savais,  ma  chère!  — 


Ne  varietur.  Comédie  en  un  acte. 
Vive  la  liberté!  lievue  en  un  acte. 
Constatation!  lievue  en  trois  actes. 
Croza  la  charmeuse.  Kantaisie-rcvue  en  un 

acte  en  vers. 
Hâtons-nous  d'en  rire!  Hcvue  en  deux  actes. 
Mo'.iére  aux  enfers!  l'.evue  en  trois  actes. 
La  Parade  du  jubilé.  Fantaisic-pai-ade  en  un 

acie. 
Pour  la  gosse!  Comédie  en  un  acte. 
Les  Affaires  étrangères,  coiu.'ihe  en   un 

acte. 


LIVRES   POUR   LES   ENFANTS 

Ta  Pelle  Madame.  Alliuni  illustré  par  .lanel. 

Nîon  ami  Polichinelle!  Allpuni  ilhi^lri'  par  Kniile  Colil. 


DES    MEMES    AUTEURS 

Ce  crétin  do  Pierrot,  panlomiiiic  en  un  acte. 


08505.  —  Impriimn-ic  Lauuhe,  rue  de  Fieurus,  0,  Puri^ 


Georges  GOURTELINE  et  Jules  LÉVY 


Le  Commissaite 

est  bon  enfant 


COMÉDIE  EN  UN  ACTE 


PARIS 

EI\M:ST   FLAMMARION,   1-DITEUR 
20.  nuE  ttAciMc,  '20 

Droits  de   reproduction,   de  tr..  "iclion   tl  de   représentation  rcscrvôs 
pour  tous  pays,  y  cotTipris  la  ^uèd*"  el  la   Norvég.^. 


Pu 

0  71^77 


GYMNASE  THEATRE  ANTOINE 

LE  COMMISSAIRE  .       .   .  MM.  Matrat  MM.  Janviiîr 

FLOCHE Munie  Gémier 

DRELOC DuBOSC  Antoine 

UN  MONSIEUR Frédal  Jarrier 

L'AGENT  LAGRENAILLE.             Boudier  Saverne 

L'AGENT  GARRIGOU.    .   .            Lebégenski  Noizeux 

M.   PUNÈZ MoREAU  Verse 

M"*  FLOCHE M""  Marthe  Alex     M°"  Ellen-Andréb 


•s  £i::iili-gtavures  ont  été  reproduites  d'après  les  photographies 
de  MM.  Cautin  et  Berger. 


Le  Commissaite 

est  bon  enfant 


La  scène  représente  le  cabinet  d'un  commissaire  de  police.  A  droite, 
une  fenêtre  praticable.  A  gaucbe,  petite  porte  donnant  sur  un  cabinet  noir 
ou  sont  les  provisions  de  combustible  pour  l'biver.  Au  fond,  une  porte  à 
deux  battants.  Au  fond  aussi,  mais  un  peu  vers  la  gauche,  une  cheminée 
avec  du  feu. 


SCENE   PREMIÈRE 

LE  COMMISSAIRE,  UN  MONSIEUR. 

Le  Commissaire,  assis  à  son  bureau.  —  N'insistez  donc  pas,  sacre- 
bleu  !  Je  n'ai  pas  que  vous  à  entendre. 

Le  Monsieur.  —  Vouo  pouvez  bien  m'autoriser  à  porter  une 
arme  sur  moi! 

Le  Commiss.mre.  —  Non. 

Le  Monsieur.  —  Qu'est-ce  que  ça  vous  fait? 

Le  Commissaire.  —  Ça  me  fait  que  je  ne  le  veux  pas. 

Le  Monsieur.  —  Le  quartier  n'est  pas  sûr.  Il  est  infesté  de 
souteneurs  qui  bataillent  entre  eux  toute  la  nuit  et  attaquent  les 
passants  pour  les  dévaliser.  Or,  la  profession  que  j'exerce 
m'oblige  à  rentrer  tard  chez  moi. 

Le  Commissaire.  —  Exercez-en  une  autre. 

Le  Monsieur.  —  Je  veux  bien.  Trouvez-m'en  une. 

Le  Commissaire. —  Vous  voulez  rire,  j'imagine.  Est-ce  que  vous 
vous  croyez  dans  un  bureau  de  placement? 

Le  Monsieur.  —  Et  si  on  m'attaque,  moi,  cette  nuit? 

Le  Commissaire.  —  Vous  viendrez  me  le  dire  demain. 

Le  Monsieur.  —  1-^t  alors? 

Le  Commissaire.  —  Alors,  mais  seulement  alors,  je  vous  aulo- 
riserai  à  sortir  avec  un  revolver  sur  vous. 

Le  Monsieur.  —  En  sorte  que  j'aurai  le  droit  de  défendre  ma 
peau  après  qu'on  me  l'aura  crevée? 

Le  Commissaire.  —  Oui. 

Le  Monsieur.  —  Charmant! 

Le  Commissaire.  —  En  voilà  assez.  Aux  ordres  du  gouverne- 
ment que  j'ai  l'honneur  de  servir,  je  suis  ici  pour  appliquer  les 
lois  et  non,  comme  vous  semblez  le  croire,  pour  en  discuter 
la  sagesse.  Si  vous  n'êtes  pas  content  de  nos  institutions,  chan- 
g^ez-Ies. 


«  LE    COMMISSAIRE    EST   BON   ENFANT 

Le  MoNsiEun.  —  Si  ça  tenait  à  moi!... 

Le  CoMMissAiiii'.  —  Hein?  Quoi?...  Un  mol  de  plus,  je  vous  fais 
''inpoi<>-ner!  A-l-on  idée  d'un  oslrogoLli  pareil,  f[ui  vient  semer  la 
perturbation  et  faire  le  révolutionnaire  jusque  dans  le  commissa- 
liat!...  Vous  avez  de  la  chance  que  je  sois  bon  enfant.  (Le  mon- 
j^ieur  veut  parler.)  En  voilà  assez,  je  vous  dis!  Fichez-moi  le  camp, 
ft  que  ça  ne  traîne  pas,  ou  je  vais  vous  faire  voir  de  quel  bois  je 
ine  chauffe.  Allez,  allez! 

(Sorlie  liâtive  et  épouvantée  du  monsieur.) 

Le  Commissaire,  seul.  —  J'aurai  l'œil  sur  cet  anarchiste. 

Le  commissaire  revient  prendre,  à  sa  table,  la  place  qu'il  y  occu- 

f)ail  au  lever  du  rideau,  attire  à  lui  la  pile  de  dossiers  constituant 
e  courrier  du  malin,  et,  rapidement,  d'un  coup  d'œil,  il  se  ren- 
seigne sur  la  nature  des  affaires  soumises  à  son  arbitrage.^  A  la 
fin,  geste  impatienté.  Il  sonne.  Un  agent  apparail. 

Le  Commissaire.  —  Priez  M.  Punèz  de  venir  me  parler. 

Sortie  du  gardien  de  la  paix,  et,  presque  aussitôt,  apparition  de 
M.  Punèz.  Celui-ci  est  un  homme  d'une  cinquantaine  d'atinées, 
cliétif,  craintif,  d'une  misère  brossée  lamentable.  Il  ôlc  la  toque 
de  drap  qui  lui  protégeait  le  chef,  et  s'avance  en  multipliant  de 
très  humbles  salutations. 


SCENE    II 

LE  COMMISSAIRE,  M.  PUNÈZ. 

Le  Commissaire. —  Bonjour,  monsieur  Punèz. Dites-moi,  monsieur 
Punèz,  savez-vous  bien  que  votre  service  est  fait  comme  par  un 
cochon  et  que,  si  cela  doit  continuer,  je  me  verrai  contraint  de 
demander  au  préfet  votre  révocation  ou  votre  déplacement?  Cent 
fois,  monsieur  Punèz,  cent  fois,  je  vous  ai  ordonné  de  procéder 
le  matin  à  un  travail  d'élimination  de  nature  à  simplifier  le  mien 
cl  à  désencombrer,  du  coup,  ma  tâche,  ma  table,  et  ma  pensée. 
Mais,  ouat!  Je  vous  aurais  chanté  Femme  sensihie  sur  l'air  de 
M.  MarlborouriJi,  que  le  résultat  serait  le  même.  Voyez-moi  plulôl 
ce  courrier!  (Il  prend  une  pièce  au  hasard  de  la  main.)  ï  Plainte  d'une 
servanle  contre  son  maître  qui  aurait  tenté  d'abuser  d'elle.  » 
Qu'est-ce  que  j'ai  à  voir  là-dedans?  Pas  de  suite  à  donner. 
Enlevez!  (Passante  une  autre.)  E'  ça!...  «  Plainte  d'un  particulier 
contre  un  cocher  de  fiacre  qui  l'aurait  traité  de  pourriture  !  »  Je 
m'en  bats  l'œil  ;  est-ce  que  ça  me  regarde?...  Enlevez!  (Passant  à 
une  cuire.)  Bon  !  voilà  un  concierge  qui  a  l'oreille  paresseuse  cl  un 
locataire  qui  se  plaint  d'être  resté  deux  heures  à  sa  porle,  sous  la 

fduie!...  Qu'il  s'en  prenne  au  propriétaire.  Espère-t-il  que  j'irai 
ui  tirer  le  cordon?...  Enlevez!  (Passant  à  une  autre.)  Et  cette  cui 
sinière  qui  réclame  huit  jours  de  gages!  Affaire  de  justice  de 
paix.  Enlevez  encore!  Et  cela  aussi!  Et  cela  de  môme!  —  En  vé- 
"Mé,  monsieur  Punèz,  je  pense  que  vous  êtes  absorbé  par  l'amour 
uu  que  j'ai  trop  auguré  de  voire  intelligence.  Il  faut  en  finir. 
Taisez-vous!  Je  veux  bien  être  bon  enfant,  mais  j'entends  ne  pas 
être  dupe.  Que  ce  mot  vous  serve  de  leçon!  C'est  d'ailleurs  la 
dernière  que  vous  recevrez  de  moi;  vous  pouvez  vous  le  tenir 
pour  dit.  Je  vous  salue,  monsieur  Punèz. 

M.    Punèz,   humble  et  souriant. —  Je  suis  d'origine   espagnole. 
Mon  nom  se  prononce  Pougnèze. 
Il  salue  jusqu'à  terre  et  sort. 


n'insistez  donc  pas,  sacredleuI 


•  LE    COMMISSAIRE    EST   BON  ENFANT 

SCÈNE  III 

LE  COMMISSAIRE,  puis  UN  AGENT,  puis  UNE  DAME. 

Le' commissaire  se  remet  au  travail  un  instant,  puis,  de  nouveau 
fait  jouer  son  timbre.  Nouvelle  apparition  de  l'agent  déjà  vu. 

Le  Commissaire.  —  Au  suivant. 

L'agent  sort. 
Le   Commissaire,    se  levant.  —    Ce    feu    ne  va    pas  !    C'est   une 
Sibérie,  ici  ! 

(Il  se  rend  an  placard  de  gauche,  y  prend  une  pelletée  de  clinibon 
de    terre  dont  il  alimente   son   foyer.  A    ce  moment,  entrée    d'une 
dame.) 

La  Dami:.  —  Le  commissaire? 

Le  Commissaire,  sa  pelle  à  la  main.  —  C'est  moi. 

La  IJa.me.  —  J'ai  à  me  plaindre.... 

Le  Commissaire,  très  affirmaiif.  —  De  voire  mari. 

La  Dame.  —  Précisément. 

Le  Commissaire.  —  Vous  voyez  que  je  suis  tombé  juslc.  V.\\ 
bien,  madame,  je  ne  puis  rien  pour  vous.  J'ai  le  regret  de  \niis 
l'apprendre,    mais  j'en    ai    également   le  devoir. 

La  Dame.  —  Monsieur 

(Elle  va  pour  prendre  une  chaise.) 

Le  Commissaire.  —  Ne  vous  asseyez  pas,  madame;  c'est 
inutile.  Vous  allez  perdre  voire  temps  et  me  faire  perdre  le  mien. 
C'est  curieux,  ce  parti  pris,  chez  les  trois  quarts  des  femmes,  de 
considérer  le  commissaire  pour  un  raccommodeur  de  ménnges 
cassés!  Madame,  les  petites  querelles  d'intérieur  ne  sont  pas 
de  la  conipélence  du  commissaire  de  police.  Sorti  des  flagrants 
délits  d'adidtère,  le  commissaire  ne  doit,  ne  peut  intervenir  (pi'en 
cas  d'entretien  de  concubine  au  domicile  conjugal.  Est-ce  le  cas 
de  votre  mari? 

La  Dame.  —  Monsieur.... 

Le  Commissaire.  —  Oh!  pas  de  paroles  inutiles,  je  vous  en  prie! 
C'est  oui  ou  non. 

La  Dame.  —  Mais.... 

Le  Commissaire.  —  Si  c'est  oui,  déposez  une  plainte  au  par- 
quet, qui  me  tnuismetlra  des  instructions.  Si  c'est  non,  votre 
démarche  est  nulle  et  non  avenue,  et  vous  pouvez  vous  retirer. 

La  Dame.  —  Mon  mari  ne  me  trompe  pas. 

Le  Commissaire.  — Alors,  quoi?  Il  vous  bat?  Ilu  ce  cas,  madame, 
faites  constater  le  fait  ]iar  témoins,  introduisez  une  instance  en 
divorce,  et  les  juges  vous  donneront  gain  de  cause.  Je  vous 
répète  que  les  fenunefj  ont  la  rage  de  s'emparer  du  commissaire 
et  de  le  mettre  à  toutes  les  sauces.  Que  dioble.  soyez  raison- 
nable! S'il  me  l";i!lait  intei'venir,  la  branche  d'olivier  à  la  main, 
dans  tous  les  salons  où  l'on  se  cogne,  il  me  faudrait  soixante 
jours  au  mois  '^X  quarante  lirnros  à  la  jonrnée. 


ENLEVEZ    ENCORE t 


10  LE    COMMlSSAIfiE   EST    BON   E  NE  AN  T. 

La  Dame,  —  Eh!  monsieur  le  commissaire,  ce  n'est  pas  de 
cela  qu'il  s'agit,  mon  mari  ne  me  bat  pas  plus  qu'il  ne  me 
trompe. 

Le  Commissaire.  —  Non?  —  Je  parie  qu'il  est  fou! 

La  Dame.  —  C'est  vrai. 

Le  Commissaire,  souiiani.  —  Vous  me  rendrez  cette  justice  qiir^ 
j'ai  plutôt  l'air  d'un  monsieur  connaissant  les  choses  dont  il 
parle. 

La  Dame.  —  Comment  avez  vous  pu  deviner?... 

Le  Commissaire.  —  J'ai  tellement  l'hahitudc  de  ces  sortes  de 
choses!...  Mais  voire  histoire,  ma  chère  dame,  je  la  connais 
depuis  A  jusqu'à  Z,  et,  des  visites  comme  la  vôtre,  j'en  reçois 
jusqu'à  dix  par  jour!  Voulez-vous  un  conseil?...  un  bon?  (La  dame 
"fait  un  signe  de  tête  affirmalif  el  s'assied.)  Rentrez  donc  tranquille- 
ment chez  vous,  préparer  votre  déjeuner.  Votre  mari  n'est  pas 
plus  fou  que  moi. 

La  Dame.  —  Il  est  fou  à  lier. 

Le  Commissaire.  —  Non. 

La  Dame.  —  Si. 

Le  Commissaire.  —  Non.  Est-ce  qu'il  se  saoule,  votre  mari? 

La  Dame.  —  Du  tout. 

Le  Commissaire.  — Avez-vous  connaissance  qu'il  ait  eu  la  fièvre 
typhoïde  ou  qu'il  ait  reçu  un  coup  de  soleil? 

La  Dame.  —  Aucun  souvenir. 

Le  Com:missaire.  —  Appartient-il  à  une  famille  d'alcooliques, 
d'épilepliques  ou  d'aliénés? 

La  Dame.  — -  Je  ne  crois  pas. 

Le  Commissaire. —  Eh  bien! 

La  Dame.  —  Eh  bien,  quoi?  C'est  une  raison,  parce  qu'il  n'y  a 
pas  de  fou  chez  lui,  pour  qu'il  n'y  en  ail  pas  un  chez  moi? 

Le  Commissaire.  —  Permettez  ! 

La  Dame.  —  Il  ne  boit  pas!...  Après?  Cela  empôche-t-il  qu'il  ne 
fasse  rien  comme  personne,  qu'il  ne  tienne  des  discours  auxquels 
on  ne  comprend  goutte,  et  qu'il  n'accomplisse  des  actions  sans 
devant  ni  derrière,  autant  dire? 

Le  Commissaire.  —  Quels  discours?  Quelles  actions? 

La  Dame.  —  Comment,  quelles  actions!...  Et  les  nuits,  les 
nuits  blanches  que  je  passe  à  l'écouler  causer  tout  seul,  combiiu>r 
je  ne  sais  quoi,  menacer  je  ne  sais  qui,  ruminer  des  heures 
entières!...  sans  parler  des  moments  où  il  saute  du  lit,  en  che- 
Mise,  le  revolver  au  poing,  en  criant  :  «  Je  brûle  la  (igure  au 
premier  qui  touche  à  ma  femme!  »  C'est  naturel,  ça,  peut-être? 

Le  Commissaire.  —  Il  est  jaloux. 

La  Dame.  —  Jaloux! 

Le  Commissaire.  —  Oui. 


Lt:    COMMISSAIRE   EST   BON   ENFAXT.  H 

La  Dame.  —  C'est  facile  à  dire.  Je  voudrais  Ijicn  savoir  si 
c'est  par  jalousie  qu'il  s'enferme  dans  les  cabinets  pendant  dos 
fois  deux  et  trois  heures  pour  déclamer  tout  haut  contre  la  so- 
ciété, hurler  que  l'univers  entier  a  une  araignée  dans  le  plafond, 
une  punaise  dans  le  bois  de  lit,  et  un  rat  dans  la  contre-basse! 

Le  Commissaire,  amusé.  —  Il  dit  que  l'univers  entier  a  un  rat 
dans  la  contrebase? 

La  Dame.  —  Parfaitement!  11  voit  des  fous  partout,  mon- 
sieur!... Et  avec  ça,  notez  qu'il  ne  fait  plus  un  pas  sans  hurler  : 
«  Une,  deux!  >  à  tue-tête  sous  prétexte  de  se  développer  les  pec- 
toraux. Au  point  qu'il  est  devenu  la  risée  du  quarlier  et  que  les 
enfants  lui  donnent  la  chasse  en  criant  à  la  chie-en-litl... 

Le  Commissaire.  —  Vous  exagérez. 


c'est  MUl! 


La  Dame,  l'ongle  aux  dénis.  —   Pas  de  cela. 

Le  Commissaire,  haussant  le^  épaules.  —  Allons  donc!  .M  îis  s 
c'était  vrai,  il  y  a  longtemps  que  les  agents  lui  auraient  i:is  Ih 
main  dessus  et  l'auraient  amené  à  mon  commissariat  pour  «can- 
dale  sur  la  voie  publique. 

La  Dame.  —  Les  agents  ne  sont  occupés  qu'à  dresseï  des 
contraventions  aux  marchandes  de  qualre-saisons. 

Le  Commissaire.  —  Les  agents  sont  de  braves  gens,  qui  se  -^on- 
formenl  de  leur  mieux  aux  obligations  de  leur  charge.  Si  vous 
êtes  venue  ici  pour  y  exercer  votre  esprit  caustique,  vous  voua 
êtes  trompée  d'adresse.  Je  suis  bon  enfant  d'écouter  vos  sornettes! 
Ne  croyez  pas  que  par-dessus  le  marclié  j'encaisserai  vos  imperti- 
nences. Pour  en  revenir  à  votre  mari,  vous  voulez  qu'il  soit  fou? 
Vous  le  voulez  à  toute  force?  Eh  bien,c'esf  une  s'i'aire  entendue; 
il  est  fou.  Après? 


tî  LE    COMMlSSAinb'    E^T    liOS  EAEA.yT. 

La   Dame.  —  Après? 

Le  CoM.MissAinE.  —  Oui;  après?  Qu'est-ce  que  vous  voulez  que 
'y  fasse? 
La  Dame.  —  Je  supposais.... 

Le  Commissakie.  —  Vous  vous  Irornpiez.  Suis-je  médccin- 
aliciiisle  et  puis-je  le  guérir?  Non.  Alors?...  Car  il  faut  pourtant 
se  décider  à  dire  des  choses  raisonnables  et  à  présenter  les  faits 
sous  leur  véritable  jour.  (Mouvement  de  la  dame.)  Madame,  le  cas 
de  votre  mari,  —  puisque  cas  il  y  a,  dites-vous  —  n'est  pas  du 
ressort  du  commissaire,  mais  de  celui  de  l'Assistance  Publique  ; 
c'est  donc,  non  à  moi,  mais  à  elle  que  vous  devez  faire  part  de  vos 
craintes  et  adresser  votre  requête.  Je  m'empresse  d'ajouter 
dailleurs,  qu'à  moinsd'un  miracle...  improbable,  il  n'y  sera  donné 
aucune  suite. 

La  Dame.  —  Parce  que? 

Le  CoM>nssAinE.  —  Il  n'y  a  cjuc  les  femmes  pour  poser  des  ques- 
tions pareilles!  Parce  que  l'Assislance  Publif|ue  n'est  pas  ce 
qu'un  vain  peuple  pense  et  (|ue  les  moyens  dont  elle  dispose  sont 
loin,  bien  loin,  d'élre  en  rapport  avec  les  charges  qui  lui 
incombent  et  sous  lesquelles  elle  succombe. 

La  Dame.  —  Bah! 

Le  Commissaire.  —  Vous  voulez  des  chiffres?  Je  vais  vous  en 
donner.  Les  ressources  de  l'Assistance  Publique  sont  les  suivantes  : 

1»  Revenus  de  fondations,  donations,  legs  particuliers  et 
autres  :  soit,  par  an,  trois  millions  et  demi;  pas  un  sou  de  plus. 

'2''  Tant  pour  cent  prélevé  sur  les  recettes  des  théâtres,  bals, 
music-halls  et  casinos  :  quatre  millions  et  demi,  et  encore  !... 

7)"  Impôt  élabli  sur  les  courses  :  un  million  ou  à  peu  près; 

A"  Droits  perçus  sur  les  concessions  dans  les  cimetières,  rem- 
boursement (le  séjour  dans  les  hospices,  etc.,  etc.  :  vingt  millions 
(jui  ne  sont  pas  grand'chose; 

Kn(iii  :  participation  annuelle  de  la  Ville  aux  besoins  de  l'Assis- 
lance Pnlilique  :  vingt  autres  millions  qui  ne  sont  rien  du  tout; 
en  loul  ;  (juaranle-sept  millions.... 

La  Dame.  —  ...  qui  ne  valent  pas  la  peine  d'en  parler. 

Le  CoM.MissAïUE,  s'inclinant.  —  Vous  lavez  dit. 

La  Dame,  se  levant.  —  Ah!  je  l'ai  dit?  Lh  bien,  monsieur  le 
r.ommissaire,  je  dois  vous  avertir  d'une  chose  :  mon  mari  n'esl 
encore  dangereux  que  pour  moi;  le  moment  n'est  pas  éloigné  où 
il  le  deviendra  pour  tout  le  monde. 

Le  Gommissauik.  --  Quand  ce  moment  sera  venu,  madame, 
nous  aviserons,  lui  altendanl,  comme  les  asiles  regorgent  à  la 
fois  de  pensionnaires  et  de  demandes  d'admissiiju  ;  f|ue  je  ne  puis 
j)rocéder  d'office,  sur  la  prcMuière  requête  venue,  à  la  séfpic>li-;i- 
tion  d'un  boinnie  dont  l'exailaLion  cérébrale  n'existe  vraiseuil^la- 
blemcnt  que  dans  l'imagination  de  sa  femme;  que  je  ne  pui> 
tnfin,  avec  la  meilleure  volonté  du  monde,  perdre  une  matinée 
♦out  entière  à  rabâcher  les  mêmes  choses  sans  arriver  à  me  faire 
comprendre,  vous  trouverez  bon  que  nous  en  restions  là.  (Il  se  lève.) 


•s. 


n  LE    COMMISSAIRE   EST    bON   E  .\  F  A  N  T. 

La  Dame.  — Enfin,  monsieur  le  commissaire.... 

Le  Commissaire.  —  Vous  avez  une  conversation  charmante, 
pleine  d'inlcrct;  malheureusement,  le  devoir  m'appelle,  comme 
on  dit  dans  les  opéras.  —  Madame,  au  plaisir  de  vous  revoir. 
Conseillez  à  votre  mari  le  bromure,  la  marche  et  l'hydrothérapie. 
J'ai  l'honneur  de  vous  saluer. 


SCENE   IV 

I  E  COMMISSAIRE,  BRELOC. 

Au  même  moment  où  la  dame  disparaît  : 

Une  Voix,  à  la  canionndc.  ■ —  Monsieur  le  commissaire! 

Le  Commissaire.  —  Vous  demandez? 

La  Voix.  —  Une  audience,  une  courte  audience 

Le  Commissaire.  —  Si  courte  que  cela? 

La  Voix.  —  J'en  ai  pour  une  minute. 

Le  Commissaire.  —  Pas  plus? 

La  Voix.  —  A  peine,  monsieur. 

Le  Commissaire.  —  En  ce  cas.... 

Il  s'efface.  Apparition,  sur  le  seuil  de  la  porte,  de  Breloc,  qui  entre 
se  découvre  et  gagne  le  milieu  du  théâtre. 

Le  Commissauu:.  —  Veuillez  \ous  expliquer. 

Breloc.  —  Monsieur  le  commissaire,  c'est  bien  simple.  Je  viens 
déposer  entre  vos  mains  une  montre  que  j'ai  trouvée  cette  nuitau 
coin  du  boulevard  Saint-Michel  et  de  la  rue  Monsieur-le-Prince. 

Le  Commissaire.  —  Une  montre? 

Breloc.  —  Une  montre. 

Le  Commissaire.  —  Voyons 

Breloc.  —  Voici. 

Il  tire  de  son  gousset  et  remet  au   commissaire  une  montre  que 
celui-ci  examine  longuement.  —  A  la  fin  : 

Le  Commissaire.  —  C'est  une  montre,  en  effet. 

Breloc  —  Oh  !  il  n'y  a  pas  d'erreur. 

Le  Commissaire.  —  Je  vous  remercie. 

Il    va    à    sa    table,    fait   jouer  un  tiroir  et  y  enfouit  la  montre  de 

Breloc. 

Breloc.  —  Je  puis  me  retirer? 

Le  Commissaire,  l'arrêtant  du  geste.  —  Pas  encore. 

Breloc  —  Je  suis  un  peu  pressé. 

Le  Commissaire.  —  Je  le  regrette. 

Breloc  —  On  m'attend. 

Le  Commissaire,  sec  —  On  vous  attendra 

Breloc,  un  peu  étonne.  —  Ah  ' 

Le  Commissaire.  —  Oui. 


MALHEUREUSEMENT    LE    DEVOIlî    m'aPPELLE 


10  LE    COMMISSAIRE   EST   BON   ENFANT. 

Breloc.  —  Mais... 

Le  Commissaire.  —  C'est  bien.  Un  instant.  Vous  ne  suppose?. 
pas,  sans  doule,  que  je  vais  recueillir  cctlc  nionlre  de  vos  mains 
sans  que  vous  m'ayez  dit  comment  elle  y  est  tombée. 

Breloc.  —  J'ai  eu  l'honneur  de  vous  expliquer  tout  à  l'heure 
que  je  l'avais  trouvée  cette  nuit,  au  coin  de  la  rue  Monsieur-le- 
Prince  et  du  boulevard  Saint-Michel. 

Le  Commissaire.  —  J'entends  bien;  mais  où? 

Breloc.  —  Où?  Par  terre. 

Le  Commissaire.  —  Sur  le  trottoir? 

Breloc  —  Sur  le  trottoir. 

Le  Commissaire,  soupçonneux.  —  Voilà  qui  est  extraordinaire. 
Le  trottoir,  ce  n'est  pas  une  place  où  mettre  une  montre. 

Breloc  —  Je  vous  ferai  remarquer.... 

Le  Commissaire.  —  Je  vous  dispense  de  toute  remarque.  J'ai 
la  prétention  de  connaîlre  mon  métier.  Au  lieu  de  me  donner  des 
conseils,  donnez-moi  votre  état  civil. 

Breloc,  un  commenccmcnl  d'impalience  dans  la  voix.  — Je  m'appelle 
Breloc  (Jean-Eusiache).  Je  suis  né  à  Pontoise,  le  29  décemijre 
1801,  de  Pierre -Ti m oléon -Alphonse-Jean -Jacques -Alfred-Oscar 
Breloc  et  de  Céleste  Moucherol,  son  épouse. 

Le  Commissaire.  —  Où  demeurez-vous? 

Breloc —  Rue  Pétrelle,  47,  au  premier  au-dessus  de  l'entresol. 

Le  Commissaire,  après  avoir  pris  note.  —  Quelles  sont  vos  res- 
sources? 

Breloc,  qui  se  monte  peu  à  peu.  —  J'ai  vingt-cinq  mille  livres"  de 
rente,  une  ferme  en  Touraine,  une  chasse  gartlée  en  Boauce,  six 
chiens,  trois  chats,  une  bourrique,  onze  lapins,  et  un  cochon 
d'Inde. 

Le  Commissaire.  —  Ça  suffit!  —  Quelle  heure  était-il  quand 
vous  avez  trouvé  cette  montre  ? 

Breloc  - —  Trois  heures  du  matin. 

Le  Commissaire,  ironique.  —  Pas  plus? 

Breloc  —  Non. 

Le  Commissaire.  —  Vous  me  faites  l'effet  de  mener  une  singu- 
lière existence. 

Breloc.  —  Je  mène  l'existence  qui  me  plaît. 

Le  Commissaire.  —  Possible;  seulement,  moi,  j'ai  le  droit  de 
me  demander  ce  que  vous  pouviez  fiche  à  trois  heures  du  malin 
au  coin  de  la  rue  Monsieur-le-Prince,  vous  qui  dites  habiter  rue 
Pétrelle,  47. 

BiŒLoc  —  Comment,  je  dis! 

Le  Co.mmissaiiu:.  —  Oui,  vous  le  dites. 

Breloc.  —  Je  le  dis  parce  que  cela  est. 


c'est  une  montre,  en  effet! 


18  LE    COMMISSAIRE    EST   BON   ENFANT 

Le  Commissaire.  —  C'est  ce  qu'il  faudra  claLlir.  En  atlcndnnt, 
faites-moi  le  plaisir  de  répondre  avec  courtoisie  aux  questions 
que  mes  devoirs  m'obligent  à  vous  poser.  Je  vous  demande  cefjue 
vous  faisiez,  à  une  heure  aussi  avancée  de  la  nuit,  dans  un  quar- 
tier cjui  n'est  pas  le  vôtre. 

Breloc.  —  Je  revenais  de  chez  ma  maîtresse. 

Le  Commissaire.  —  Ou'esl-ce  qu'elle  fait,  votre  maîtresse? 

Breloc.  —  C'est  une  femme  mariée. 

Le  CoM^nssAUiE.  — A  qui? 

Breloc.  —  A  un  pharmacien. 

Le  CoMMisAiRE.  —  Qui  s'appelle? 

Breloc  —  Ça  ne  vous  regarde  pas. 

Le  Commissaire.  —  C'est  à  moi  que  vous  parlez? 

Breloc  —  Je  pense. 

Le  Commissaire.  —  Oh!  mais,  dites  donc,  mon  garçon,  vous 
allez  changer  de  langage.  Vous  le  prenez  sur  un  ton  qui  ne  me 
revient  pas,  —  contrairement  à  voire  figure,  qui  me  revient,  elle! 

Breloc  —  Ah  bah  ! 

Le  Commissaire.  —  Oui;  comme  un  souvenii".  —  Vous  n'avez 
jamais  eu  de  condamnations? 
Breloc,  sLupéfail.  —  Et  vous? 

Le  Commissaire,  qui  bondit. — Vous  êtes  un  insolent! 
Breloc  —  Vous  êtes  une  foutue  bête. 
Le  Commissaire.  —  Retirez  celle  parole! 

Breloc  —  Vous  vous  fichez  île  moi.  l\Ie  prenez-vous  pour  un 
escroc? 

Ensemble. 

Breloc  —  Et  puis  j'en  ai  Le  Commissaire.  —  Ah  c'est 
plein  le  dos,  à  la  fin;  vous  comme  ça?  Eh  bien  attendez, 
m'embêtez  avec  votre  intcrro-  mon  gaillard,  je  vais  vous  ap- 
galoire.  A  l'on  idée  d'une  prendre  à  me  parler  avec  les 
chose  pareille?  Je  trouve  dans  égai\!s  (jui  me  sont  dus!  En  voi- 
la rue  une  montre;  je  me  dé-  là  encoi'c,  un  voyou!  —  Est-ce 
tourne  de  mon  chemin  pour  (juc  je  vous  connais,  moi?  Est- 
vous  la  rapporter,  et  voiKà  ce  que  je  sais  qui  vous  êtes? 
comment  je  suis  reçu!  Vous  dites  habiter  rue  Pétrelle: 

D'ailleurs,  c'est  bien  fait  pour  rien  ne  me  le  prouve  !  Vous  dites 

moi;  ça  m'apprendra  à  rendre  vous   nommer  Breloc  :  je  n'en 

service   et   à   me    conduire    en  sais  rien.  Elpuisd'ailleurs,  c'est 

honnête  homme.  bien  simple.  La  question  va  être 

tranchée. 
Le  commissaire  court  à  la  porte,  qu'il  ouvre. 

Le  Comi\ussaire.  —  Emparez-vous  de  cet  homme-là,  et  collez-le- 
moi  au  violon  ! 

Breloc  —  Ça,  par  exemple,  c'est  un  comble! 
L'agent.  —  Allez!  Allez!  Au  bloc!  Et  pas  de  rouspélance! 
Breloc,  emmené  presque  de  force.  —  l-^h  bien,   que  j'en   trouve 
encore  une!...  que  j'en  trouve  encore  une,  de  monlre! 
Il  disparaît. 


/.  H    C  U M  M I  o  .■:>Alltf    /:' S  /     /;  0  .\    E  A  /•'  A  A'  7 . 


19 


EN    VOILA    ENCOIIE,    UN    VOYOU  ! 

SCÈNE   V 

LE  COMMISSAIRE,  puis  FLOCHE  et  deux  AGE^TS. 


Le  Commissaire.  —  Breloc!  Breloc!  Est-ce  que  je  sais,  moi, 
si  cet  homme-là  s'appelle  Breloc!  A  la  rif^ueur,  moi  aussi,  je 
pourrais  ra'appeler  Breloc!  Si  on  les  écoulait,  ils  s'appelleraient 
tous  Breloc!  (Allant  à  la  fenêtre.)  Saperlipopette,  il  vient  un  vent  par 
cette  fenêtre  ! 

A  ce  moment,  bruit  à  In  cantonade.  La  porte  s'ouvre  violemmoi  t, 
livrant  passage  à  Floclie,  qui  se  débat  entre  deux  gardiens  te 
la  paix. 

Floche.  —  Le  commissaire!  Où  est  le  commissaire?  Je  veux 
parler  ati  commissaire! 

Le  Commissaire,  aux  agents.  —  Qu'est-ce  qu'il  y  a? 

Floche.  —  C'est  vous  le  commissaire? 

Le  Commissaire.  —  Oh!  pas  tant  de  bruit,  s'il  vous  plaît.  Vous 
parlerez  quand  je  vous  y  inviterai.  —  De  quoi  s'agit-il,  Lagre- 
nnillp? 

L'agent  Lagrenaille.  —  C'est  monsieur  qui  faisait  Je  l'esclan- 
dre à  l'angle  de  la  rue  de  Dunkerque  et  du  faubourg  Poisson- 
nière, eu  débinant  la  République.  Comme  les  passants  assemblés 
concouraient  de  toutes  parts  au  désordre  de  la  rue,  nous  avons 
hal.^  !e  pas,  mon  collègue  et  moi,  et  avons  engagé  monsieur  à 
satisfaire  de  bonne  grâce  aux  lois  de  la  circulation.  Sur  le  refus 
qu'il  wous  opposa,  nous  l'avons  pris  par  le  bras,  sans  violence,  st 
l'avons  amené  au  commissariat 


20  LE    COMMISSAIRE    ES7     BON   ENFANT. 

Le  Commissaire.  —  A-l-il  fait  de  la  rébellion? 

L'agent  Lagrenaille.  — Non,  monsieur  le  commissaire 

Le  Commissaire.  — Vous  a-t-il  injuriés? 

L'agent  Lagrenaille.  —  Du  tout. 

Floche.  —  Je  n'avais  pas  de  raison  pour  èl/e  malhonnête  avec 
des  agents  comme  il  faut.  Quant  à  de  la  rébellion,  j'aime  tro[' 
l'autorité  pour  n'en  avoir  pas  le  respect. 

Le  Commissaire.  —  Voilà  un  principe  de  conduite  auquel  vous 
auriez  dû  vous  conformer  plus  tôt. 

Floche.  —  Par  exemple? 

Le  Commissaire.  —  Quand  les  agents  vous  ont  prié  de  circuler. 

Floche,  discret,  mais  ironique.  —  Oh  ça!... 

Le  Commissaire.  —  Quoi,  oh  ça? 

Floche.  —  Je  dis  :  oh!  ça!...  Dire  :  «  oh  ça!  »,  c'est  le  droit 
de  tout  le  monde. 

Le  Commissaire.  —  Oui,  mais  ce  qui  n'est  le  droit  de  per- 
sonne, c'est  de  se  livrer,  comme  vous  l'avez  fait,  h  des  démons- 
trations publiques  et  de  tenir  à  haute  voix  des  propos  séditieux. 

Floche.  —  La  République  me  dégoûte. 

Le  Commissaire.  —  Ce  n'est  pas  une  raison  suffisante  pour  que 
vous  essayiez  d'en  dégoûter  les  autres. 

Floche,  concis  et  éloquent.  — •  Ça,  encore!...  (Il  rit.) 

Le  Commissaire.  —  Quoi,  ça  encore? 

Floche.  —  Je  dis  :  «  Ça  encore!...  »  Ça  vous  choque? 

Le  Commissaire.  — Oui,  ça  me  choque;  et  puisque  vous  le 
prenez  comme  ça,  le  paysage  va  changer  d'aspect.  (Aux  agents.)  Je 
vous  remercie. 

Sortie  des  agents.  Un  temps. 

Le  Commissaire,  entre  ses  dents. —  «  Ça  encore!...  «(Haussement 
d'épaules.  —  11  prend  une  feuille  de  papier,  trempe  sa  plume  dans  l'encre  cl 
6e  dispose  5  écrire.)  Comment  vous  appelez-vous? 

Floche.  —  Floche. 

Le  Commissaire.  —Avec  ou  sans  S? 

Floche.  —  Sans  S. 

Le  Commissaire.  —  Vos  prénoms? 

Floche.  —  Jcan-Édouard.  Domicile  :  rue  des  Vieilles-Hau- 
drieltes,  129. 

Le  Commissaire.  —  Votre  profession? 

Floche.  —  Je  n'en  ai  pas.  J'ai  un  petit  capital  qui  travaille 
pour  moi. 

Le  Commissaire.  —  Vous  êtes  décoré? 

Floche.  —  Qui?  Moi?  Non. 

Lii  C.o.NLMissAiRE.  —  Alors,  ça?  (Il  désigne  le  large  ruban  rouge  qui 
pare  la  boutonnière  de  Floche.) 


22  LE    COMMISSAIRE   EST    BO.V    ENFANT 

Floche.  —  Ça?  C'est  un  pense-bôte.  (Il  rii.)  J'ai  la  mémoire 
assez  indocile,  je  vous  dirai.  Elle  a  tendance  à  faire  l'école  buis- 
Bonnière,  si  bien  que  je  suis  contraint  de  lui  mettre  un  licou.  D'où 
ce  ruban  qui  la  rappelle,  quand  le  besoin  s'en  fait  sentir,  au  scn- 
liment  de  sa  mission.  C'est  nouveau  et  ingénieux,  supérieur  a^r 
mouchoir  corné,  qui  perd  toute  efficacité  si  vous  n'êtes  allligé  du 
rhume  de  cerveau,  et  à  l'épingle  sur  la  manche  qui  a  le  ton 
de  vous  signaler  comme  étourneau  à  la  raillerie  des  imbéciles. 

Le  Commissaihe.  —  Soit!  mais  si  ce  ruban  ne  vous  signale  pa- 
à  la  raillerie  des  imbéciles,  il  peut  vous  signaler  à  l'attention  de- 
juges  et  vous  valoir  six  mois  de  prison.  Enlevez  moi  ça!  hein 
(Floche  retire  le  ruban.)  —  Votre  âge? 

Floche,  s'asseyant.  —  Avez-vous  idée  d'un  poète  composant  une 
tragédie  dans  un  salon  où  un  professeur  de  piano  ferait  des 
gammes  du  malin  au  soir?  (Slupéfaclion  du  commissaire.)  Non, 
n'est-ce  pas?  Eh  bien  ma  mémoire  est  à  l'image  de  ce  poète  :  elle 
est  logée  en  un  cerveau  où  le  génie  fait  trop  de  musique. 

Le  Commissaire.  —  Vous  êtes  un  faiseur  d'em!  arras.  Je  vous 
invite  à  garder  pour  vous  vos  phrases  à  panache  dont  je  n'ai  que 
faire,  et  à  répondre  à  mes  questions.  Je  vous  demande  (juel  âge 
vous  avez. 

l'^LOCHE.  —  Vingt-cinq  ans. 

Le  Commissaire.  — Plaît-il? 

Floche.  —  Vingt-cinq  ans. 

Le  Commissaire.  —  Comment,  vingt-cinq  ans!...  Vous  avez 
vingt-cinq  ans? 

Floche.  —  Oui. 

Le  Commissaire,  rectifiant.  —  Vous  les  avez  eus. 

Floche.  —  C'est  bien  pourquoi  je  les  ai  gardés. 

Le  Commissaire.  — Drôle  de  raisonnement! 

Floche.  —  Drôle  en  quoi?  Il  est  logique  comme  une  démons- 
tration d'algèbre,  lumineux  comme  un  clair  de  lune  et  simple 
comme  une  âme  d'enfant.  J'ai  eu  vingt-cinq  ans!  Oui,  parbleu! 
Seulement,  le  jour  où  je  les  ai  eus,  je  me  suis  dit  à  moi-même  : 
f  Bel  âge!  Tenons-nous-y!  »  Je  m'y  suis  donc  tenu,  je  continue 
à  m'y  tenir,  et  je  m'y  tiendrai  jusqu'à  ce  que  mort  s'ensuive,  avec 
votre  permission. 
(Un  silence.) 

Le  Commissaire.  —  Un  mot.  Il  est  bien  entendu  que  vous  ne 
vous  moquez  pas  de  moi? 

Floche.  —  Je  ne  vois  rien  dans  mes  allures,  dans  ma  tenue  ni 
dans  mon  langage,  qui  puisse  vous  autoriser  à  une  supposition 
semblable. 

Le  Commissaire.  —  C'est  que,  précisément.... 

Floche.  —  J'f  tlendais  l'objection.  Elle  était  fatale  en  un  temps 
où  la  raison  se  promenant  gravement  par  les  rues,  la  tête  en  bas 


LE    COMMISSAIRE   EST   BON   ENFANT.  23 

et  les  jambes  en  l'air,  on  en  est  venu  petit  à  petit  à  ne  plus  dis- 
tinguer nettement  ce  qui  est  le  vrai  de  ce  qui' est  le  Cn.v      ui    à 

KZ  1?1  '  ^'  M  ^r'"  '"  ^•''^'' l"°'ii'>''e  pour  la  lumié.v,  lo'solei' 
pour  la  lune  e    le  bon  sens  pour  légarement.  C'est  ainn  rnie  ma 
femme,  qui  est  devenue  folie  au  contact  d'un  air  saturé  .le  folTe 
lire  des  plans  pour  me  faire  fourrer  à  Charenton   (11  s'ég.ye  ) 

Le  Commissaire,  faussement  étonné.  —  Se  peut-il '       FIIp  mirait 
une  punaise  dans  le  bois  de  lit?  ^  ^'* 

Floche.  —  Et  un  rat  dans  la  contrebasse! 

Le  Commissaire,  à  part.  —  Je  suis  fixé.  (Haut.)  Monsieur.... 


vous   VOYEZ,   JE    FAIS   COMME   CHEZ   MOlI 


Floche.  —  Le  cas  de  cette  malheureuse,  qui  est,  à  peu  de 
chose  près,  celui  de  la  foule  tout  entière,  devait  naturellement 
tenter  l'esprit  de  logique  et  d'analyse  d'un  moraliste  équilibré. 
Aussi  ai-je  conçu  le  projet  de  l'étudier  tout  au  long,  avec  ses 
effets  et  ses  causes,  en  un  ouvrage  intitulé  :  le  Daltonisme 
mental. ... 

Le  Commissaire.  —  Monsieur... 

Floche.  —  ...    ouvrage  d'une  haute   portée   philosophique,... 

Le  Comm.issaire.  —  Sans  doute,  mais... 

Floche.  —  ...  fruit  de  mes  réflexions  (filles  elles-mêmes  de  mes 
longues  veilles).... 

Le  Commissaire.  —  Mon  Dieu... 


24  LE    COMMISSAIRE    EST    BON    ENFANT. 

lYociiE.  —  ...  eL  dont  je    prendrai  la   liberté   de   nous  déve- 
lo|>per  les  grandes  lignes.    Monsieur...  (Il  s'interrompt.)  Pardon. 
Il  se  lève  et  gagne  le  fond  du  Ihéàlre. 

Le  Commissaire,  vaguement  inquiet,  à  part-  —  Oh!  mais  il 
m'embête,  cet  hommc-là!  — Ah  ça!  il  ferme  la  porte! 

Il  se  précipite,  mais  déjà  Floche  est  redcscendu^en  scène,  la  lèvre 
fleurie  d'un  sourire. 

Floche.  —  Vous  voyez  :  je  fais  comme  chez  moi. 

Le  Commissaire.  —  En  elTet,  et  c'est  le  tort  que  vous  avez.  — 
Ma  clef! 

Floche.  —  Voire  clef? 

Le  Co.mmissaire.  —  Oui;  ma  clef! 

Floche.  —  Quelle  clef? 

Le  Commissaire.  —  La  clef  de  cette  serrure. 

Floche.  —  Eh  bien? 

Le  Commissaire.  —  Rendez-la-moi. 

Floche,  très  doucement.  —  Non. 

Le  Commissaire.  —  Non? 

Floche.  —  Non. 

Le  Commissaire.  —  Pourquoi? 

Floche.  —  Parce  que  j'aime  mieux  la  garder  dans  ma  poclie. 
Vous  n'avez  aucun  intérêt  à  ce  que  cette  porte  soit  ouverte,  el 
moi,  j'en  trouve  un  grand  à  ce  qu'elle  soit  fermée.  Je  veux 
bien,  vous,  mogislrat  olïiciel,  vous  mettre  dans  le  secret  des 
dieux;  mais  l'aller  confier  au  hasard  d'une  porte  qui  peut  s'entre- 
bâiller sans  bruit,  l'aller  jeter  en  pâture  à  l'oreille  indiscrète  du 
premier  goussepin  qui  passe,  c'est  une  autre  paire  de  manches. 
—  Monsieur,  le  vent  de  folie  qui  souille  de  toutes  parts  prend 
naissance  dans  un  quiproquo  :  dans  le  malentendu  survenu  enire 
la  Nnlure.  qui  commande,  et  l'Homme,  qui  n'exécute  pas;  entre 
les  inlcnlionsbien  arrêtées  de  l'une  et  l'interprétation  à  rebrousse- 
poil  de  l'autre. 

Le  Commissaire,  pris  de  la  bravoure  des  poltrons  qui  se  jettent  à  l'eau 
■ —  Si  vous  ne  me  rendez  pas  ma  clé  à  l'instant  môme,  j'appelle  t\ 
l'aide,  j'enfonce  la  porte,  et  je  vous  fais  expédier  à  llnlirmeric  du 
Dépôt,  ficelé  comme  un  saucisson.  Vous  avez  compris? 

Floche.  —  A  merveille.  (Il  met  la  main  à  sa  poche,  tire  un  revolver  et 
en  braque  le  canon  sur  le  commissaire.)  Si  vous  dites  un  mot,  si  vous 
f;>iles  un  geste,  si  vous  cessez  un  seul  instant  de  me  regarder 
dans  le  blanc  de  l'œil,  je  vous  envoie  six  coups  de  revolver  par  le 
nez  et  je  vous  fais  éclater  la  figure  comme  une  groseille  à 
maquereau!...  Qui  est-ce  qui  m'a  bâti  un  fou  furieux  pareil? 

Le  Commissaire.  —  Ah,  c'est  moi  le...? 

Floche.  —  Silence!  ou  ca  va  mal  tourner?  Je  suis  bon  enfant, 
mais  je  n'aime  pas  les  fous! 

Le  Commissaire,  terrifié.  —  Je  comprends  ça! 


gUAND    JE    TIENS    UN    FOU    A    PORTÉE    DE    MA    MAIN. 


26  LL    COMMISSAIRE    EST   B0^    ENFANT. 

Floche.  —  Le  fou,  c'est  mon  ennemi  d'inslincl,  enlendez- 
vous?...  c'est  ma  haine,  c'est  ma  rancune!  La  vue  d'un  fou  suffit 
à  n)C  mellre  hors  de  moi,  et  quand  je  tiens  un  fou  à  portée  de  ma 
main,  je  ne  sais  plus,  non,  je  ne  sais  plus,  de  quoi  je  ne  serais 
pas  capable! 

Le  Commissaire,  à  part.  —  C'est  la  crise!  Je  suis  dans  de  beaux 
draps. 

Les  deux  I)ommes  se  regardent  dans  les  yeux.  Le  commissaire, 
visiblement,  ne  donnerait  pas  deux  sous  de  sa  peau.  Mais,  dans 
l'instant  où  il  commence  à  recommander  son  âme  à  Dieu  : 

Floche,  parlant  d'un  grand  éclat  de  rire.  —  Savez-vous  que  pour 
un  commissaire,  vous  oies  plutôt  sujet  au  trac? 

Le  CoMMissAmE,   qui  ne  comprend  plus.  —  Moi? 

Floche.  — Vous  en  avez  eu,  une  peur! 

Le  CoMMissAiHE.  —  Je  vous  assure 

Fi.ociii:.  —  Allons,  ne  ('ailes  pas  le  modeste.  Vous  en  tremblez 
encoi'e  comme  de  la  g-clée  de  venu!  (Un  peu  moqueur.)  Comment, 
vous  n'avez  pas  compris  que  je  vous  faisais  une  farce?...  Ai-je 
donc  la  ligure  d'un  homme  qui  caresse  de  mauvais  desseins? 

Le  CoMMissAmE.  —  Non,  certes!  Mais  c'est  ce.... 

Floche.   —  Ce  quoi? 

Le  Commissmhe.  —  Ce  revolver.  Un  malheur  est  si  vite  arrivé, 
comme  on  dit! 

Floche.  —  Vous  dites  des  enfantillages.  Une  arme  n'est  dange- 
reuse (|u'aux  mains  d'un  maladroit,  et  je  suis  mailre  de  la  mienne 
comme  un  bon  écrivain  est  maître  de  sa  langue.  Songez  que  je 
\ous  ciùvc  un  as  à  vingL-cinq  pas,  ou  que  je  vous  guillotine  une 
pipe,  lo  leinps  de  compter  jusqu'à  quatre! 

Le   CoMi\nsSAmE,   feignant  le  plus  vif  intérêt.  —  Vraiment? 

Floche.  —  Vraiment!  —  D'ailleurs,  vous  allez  en  juger. 

Le  Commissaire.  —  llcin?  Quoi?  Qu'est-ce  que  vous  allez  faire? 

Floche.  — Vous  allez  voir.  Ne  bougez  pas. 

11  rompt  de  quelques  pas  et  braque  son  revolver  sur  le  commissaire 
aux  cent  coups. 

Le  Comaussaihe,   qui  ne  veut  rien  savoir   —  Non!  Non! 

Floche.  —  Ne  bougez  donc  pas,  crebleu!  Je  vous  dis  qu'il  n'y 
a  pas  de  danger.  La  balle  va  vous  passer  au  ras  de  l'oreille  gauche; 
vous  allez  l'entendre  sifller;  c'est  très  curieux.  Attention!.... 
Une!...  Deux!... 

Le  Co.mmissaire,  lancé  dans  des  sauts  de  cabri.  —  Je  ne  veux  pas! 

Floche,  retombant  sans  transition  de  l'accalmie  à  la  fureur.  —  Nom 
do  Dieu  dimbécile!  Buse!  Brute!  Une  seconde  de  plus,  le  coup 
p.irlail;  je  lui  logeais  une  balle  dans  la  peau!  (Hors  de  lui.)  Et  vous 
croyez  que,  des  cires  pareils,  la  société  ne  ferait  pas  mieux  de  les 
détruire?  Tenez  (tirant  la  lame  de  sa  canne  à  épée),  je  ne  sais  ce  qui 
nie  rolionl  de  vous  clouer  au  mur  comme  une  chauve-souris  avec 
\ingL  jMjiicc's  de  fer  rJans  le  MuUe! 


28  LE    COMMISSAIRE    EST   B0^    ENFANT. 

Le  Commissaire,  réfugié  deiricre  sa  table.  —  Ça  recommence? 
Après  le  feu,  le  fer?...  Zut!  à  la  fin!  C'est  assommant!  On  ne  peut 
pas  être  tranquille  une  minute,  avec  vous! 

Floche,  laissant  tomber  son  épée.  —  Insensé! 

Le  Commissaire.  —  Eh  non  ! 

Floche.  —  Grelot  vide!  Timbre  fêlé!  Tête  sans  cervelle! 

Le  Commissaire.  —  Je  vous  jure  que  vous  êtes  dans  l'erreur. 
Vous  vous  faites,  de  mes  facultés,  une  idée  qui  n'est  pas  la  bonne. 

Floche.  —  Je  sais!  Vous  êtes  le  fou  ttadilionnnel,  classique, 
celui  qui  prêche  et  qui  vend  la  sagessse.  Riais,  pauvre  idiot,  tout, 
en  vous,  tout  respire  et  trahit  la  démence!.,  depuis  la  boulïom- 
nerie  de  votre  accoutrement  jusqu'à  l'absurdité  sans  nom  de 
votre  visage! 

Le  Commissaire.  —  Trop  aimable! 

Floche,  qui  est  venu  à  la  table. —  Et  puis,  qu'est-ce  que  c'est  que 
toute  cette  paperasserie?  Ça  ne  sert  à  rien  ! 

Le  Commissaire.  —  Mais  si. 

Floche.  —  Mais  non!  Erreur  de  vos  sens  abusés! 

Il  rafle  le  tas  de  procès-verbaux,  pièces  à  légaliser,  etc.,  etc.,  el  sème 
le  tout  par  les  espaces  libres. 

Le  Commissaire.  —  Oh!  cré  nom! 

Floche,  qui  est  venu  se  poster  devant  le  cartonnier.  —  Et  ces  car- 
tons!... Ça  n'a  aucune  utilité. 

Le  Commissaire.  —  Permettez! 

Floche.  —  Illusions!...  Chimères!... 

Il  dit,  et  les  cartons,  violemment  arrachés  à,  l'étreinte  de  leurs 
alvéoles,  voltigent,  à  leur  tour,  par  les  airs,  en  làcbant  des  tor- 
rents d'affaires  à  l'instruction. 

Le  Commissaire,  consterné.  — Ah!  c'est  gai! 
Soudain. 

Floche,  avisant  le  feu  qui  flambe'en  la  cheminée.  —  Et  ça!!! 

Le  Commissaire.  —  Quoi,  ça? 

Floche,  désignant  l'âtre.  —  Ça  ! 

Le  Commissaire.  —  C'est  du  feu. 

Floche,  les  bras  au  ciel.  —  Du  feu  !  (Eclatant  d'un  rire  épileplique.) 
Du  feu  au  mois  de  janvier! 

Le  Commissaire.  —  Eh  bien? 

Floche,  au  public.  —  Est-il  bête!  Alors  non?  Vous  ne  compre- 
nez pas  qu'à  moins  d'être  un  énergumènc,  on  ne  doit  faire  de  icu 
que  pendant  les  grandes  chaleurs? 

Le  Commissaire.  —  A  cause? 

Floche,  solennel.  —  A  cause  que  la  Nature,  —  qui,  seule  cl 
toujours,  a  raison,  —  exige  que  l'homme  ail  chaud  Télé,  comme 
elle  veut  qu'il  ait  froid  l'hiver!  —  Éteignez-moi  ce  brasier 


LE  COMMISSAIRE  SE  DECIDE  A  OTER  SES  CHAUSSURES 


50  LE    COMMISSAIRE    EST    D0^'    ENFANT. 

Le  CoMMissAini:.  —  Non. 

Floche,  du  ion  d'un  monsieur  qui  ne  plaisante  pas.  —  \'ous  ne  vou- 
lez pas  l'cleindre? 

Le  Commissaire,  persuadé.  —  Si! 

II  se  lève;  se  dirige  lentement  vers  la  cheminée.  Un  temps. 

Floche.  —   l'^l  au  trol! 

Le  commissaire  se  hâte.  Une  carafe  est  sur  la  cheminée.   Il  I.t 
prend,  et  de  son  contenu  inonde  les  bûches  du  loyer.  Sur  quoi  : 

Floche.  —  La  nature  ordonne  que,  lliiver,  riionimo  soil  exposé 
à  mourir  (le  coni^osUon  |)ulmonairc,  plilisie  j^alopauLe,  pleurésie, 
pneumonie  el  autres.  —  Ouvrez  celle  i'enélre. 

Le  Commissaire.  —  Non. 

Floche,  menaçant.  —  Vous  ne  voulez  pas  l'ouvrir? 

Le  Co.\i>!issaire.  —  Si! 

Il  se  dirige  à  petits  jias  vers  la  fenêtre. 
i^.ocHE.  —  El  que  ça  ne  Iraîne  pas! 

Le  commissaire,  épouvanté,  gagne  la  fei;ôlre,  qu'il  ouvie  louto 
grande.  Ceci  fait  : 

Floche.  —  Enfin,  elle  veut  et  commande  que  1  iiuminc,  lliivcr, 
ail  les  pieds  gelés.  —  ICnlevez  vos  godillots. 

Le  Commissaire.  —  Ah!  non! 

Floche,  l'arme  braquée.  —  Vous  ne  voulez  pas  les  enlever? 

Le  Commissaire.  —  Si. 

Scène  muette.  Le  commissaire,  résigné  et  navré,  se  décide  à  ôter 
ses  chaussures.  Mimique  de  Floche  qui  aLlcnd.  A  la  (in,  les  sou- 
liers enlevés  et  déposés  côte  à  cote  près  des  i)ieds  libérés  de  leur 
propriétaire,  le  fou  s'en  empare,  et,  à  toute  volée,  les  envoie,  par 
la  fenêtre  ouverte,  voir  au  dehors  si  le  printemps  s'a\ance.  Là- 
dessus  : 

I'\-0CHE,  avisant  le  placard  où  l'on  a  vu  le  commissaire  puiser  une  pelletée 
e  coke  au  commencement  de  l'acte.  —  Qu'est-ce  <jue  c'est  que  ça? 

Le  Commissaire.  —  Le  placard  au  charbon. 

Floche.  —  l'ien.  Lntrez-y. 

Le  Commissaire.  —  Vous  dites? 

Floche.  —  .le  dis:  «  Entrez-y!  » 

Le  Commissaire.  —  Mais.... 

Floche,  formidable.  —  Vous  ne  voulez  pas  ? 

Le  Commissaire,  vaincu,  donc  convaincu.  —  Je  ne  lais  que  ça. 

D'un  pas  de  condamné  à  mort,  le  pauvre  commissaire  s'achemine 
vers  le  placard  dont  l"iochc  lui  lient  la  porte  ouvcile.  Là,  courte 
hésitation.  Brusquement,  d'une  main  agacée.  l'Ioche  le  saisil  par 
le  fond  de  la  culotte,  l'euNoie  dans  le  rioir,  ramène  In  jinrlc  eL  l;i 
verrouille. 

Puis  il  redescend  la  scène,  \n  au  iiurcau  du  co.'umiss.iiie,  piend 
son  chapeau  haut  de  loinie  et  rétablit  les  huit  rellcLs  après  avoir 
apposé  dans  le  fond  de  son  chapeau  un  coup  du  timbre  à  tampon. 
Il  se  coiffe.  D'une  pichcncLlc  il  fait  disparaître  un  grain  de  pous- 
sière égaré  sur  sa  marichc,  puis  automatiquement  en  faisant  aller 
ies  bras,  il  manceuvre  en  criant:  une,  deux;  une,  deux.  Il  ouvie  la 
porte,  voit  les  deu.xajîenls  de  sarde,  les  salue  polinienL  et  sort. 


LE  en  M  M I S  S  A  I  11  /■:  /•;  .s  y  /;  o  .\    /■;  a  /•-  a  a  t. 


31 


AU   FOUt 


SCENE    VI 

DEUX  AGENTS,  LE  COMMISSAIRE. 

Un  temps. 

Soudain,  la  porte  s'ouvre.  Apparition  d'un  des  agents  qui   a -aient 
amené  Floche. 

L'Agent,  après  avoir  regardé.  —  Lagrcnaille!  Lagrenaille! 

Lagrenaille,  qui  survient.  —  lié  lia? 

l  '\gent.  —  Où  est  donc  le  patron? 

Laghexaille.  —  Je  n'en  sais  rien. 

L'Agent.  —  Eh  bien,  elle  est  raide,  celle-là! 

Lagrenaille,   qui  aperçoit  le  cliapeau  du  commissaire.  —  V'ià   son 
tube. 

L'Agent,  qui  voit  le  pardessus.  —  Sa  pelure! 

Lagrenaille,  désignant  le  parapluie.  —  Son  pépin  1 

Un  silence. 
L'Agent,  les  bras  cassés  de  stupeur.  —  Ah  !  nom  de  Dieu  ! 
Lagrenaille,  brusquement.  —  La  fenêtre! 

Ils  se  précipitent,  se  penchent,  regardent  à  droite  et  à  gauche. 
L'Agent.  —  Rien  ! 
Lagrenaille.  —  Rien' 


52  LE   COMMISSAIRE    EST   DON   ENFANT. 

L'Agent.  —  Ça  m'a  donné  un  coup! 

La  voix  du  Commissah^e.  —  Lagrenaille! 

Lagrenaille.  —  Écoute  voir? 

La  voix  du  Commissaire.  —  Garrigou! 

L'Agent.  —  On  m'appelle  ! 

La  voix  du  Commissaire.  —  A  moi  ! 

Lagrenaille.  —  C'est  le  patron  ! 

L'agent.  —  Dieu  me  pardonne,  est-ce  qu'il  n'est  pas  dans  le 
charbon  de  terre  ! 

Il  va  au  placard,  qu'il  ouvre. 

Le  Commissaire,  qui  jaillit,  pareil  à  un  diable  à  surprise,  la  figure 
noircie  de  charbon.  —  Au  fou!  Au  fou!...  Des  cordcs!...  des  cour- 
roies !...  des  chaînes  !...  Qu'on  aille  chercher  le  panier  à  salade!... 
Téléplionez  au  préfet  de  mobiliser  les  pompiers  et  la  garde 
républicaine!...  La  ville  est  menacée!...  Au  fou! 


RIDEAU 


41  4"7.  —  Imprimerie  Lahure,  9,  rue  de  Flounis,  f'arn 


liES      PIÈCES      A     SUCCÈS 


M-  1   à 


PREMIERE      SERIE 


0  et 


-  LUI  !  un  acte,  par  Oscar  Méténier. 

-  LA  CINQUANTAINE,  un  acte,  par  Georges 

Courteline. 

-  LE  MÉNAGE  ROUSSEAU,  un  acte,  par  Léo 

TrézGnik. 

-  EN  FAMILLE,  un  acte,  par  Oscar  Méténier. 

-  MON  TAILLEUR,  Comédie  de  Salon  en  un 

acte,  par  Alfred  Capus. 

-  MONSIEUR  ADOLPHE,  un  acte,  par  Ernest 

Vois  et  Alin  Montjardin. 

-  LA  CASSEROLE,  drame    en     un    acte,   par 

Oscar  Méténier. 

-  SILVERIE  OU  LES  FONDS  HOLLANDAIS, 

un  acte,  par  Alphonse  Allais  et  Tristan  Ber- 
nard. 
10.  —  LA  REVANCHE    DE  DUPONT  L'AN- 
GUILLE, deux  actes  et  trois  tableaux,  par 
Oscar  Méténier.  . 

-  XJNE  MANILLE,  un  acte,  par  Ernest  Vois. 

-  LE  SACREMENT  DE  JUDAS,   un  acte,  par 

Louis  Tiercelin. 

-  LE  GENDARME  EST  SANS  PITIE,  Comé- 

die de  Salon  en  un  acte,  par  Georges  Cour- 
teline et  Edouard  .Norès. 

-  LES   AFFAIRES  ETRANGERES,  Comédie 

de  Salon  en  un  acte,  par  Jules  Lévv. 

-  CAILLETTE,  un  acte,    par  Henri  de  Gorsse 

et  Charles  Meyreuil. 


16.  —  LE  SEUL  BANDIT  DU  VILLAGE,    \ 

par  Tristan  Bernard. 

17.  —  PAROLES    EN    L'AIR,  un  acte,  par 

Veber  et  Léon  Abric. 
i8.  —  MONSIEUR  BADIN,   Comédie   de   Sa 
un  acte.  —  LEXTRA-LUGIDE,  un  a( 
Georges  Courteline. 

19.  —  TROP  AIMÉ,  un  acte.  -    REFRACT 

un  acte,  par  Xanrof. 

20.  —  LE  PORTRAIT,    Comédie   en   un  ac 

Bertrand  Millanvove  et  Lucien  Cress 

21.  —  L'AMI  DE  LA  MAISON,  un  acte,  par 

Veber. 

22.  —  L'INROULABLE,  Comédie  de  Salon 

acte,  par  Pierre  Wolff. 

23.  —  LA  SOIRÉE  BOURGEOIS,  Comédie  di 

en  un  acte,  par  Félix  Galipaux. 

24.  —  LES  CHAUSSONS  DE  DANSE,  un  a 

Aueuste  Germain. 

25.  —  DENT  POUR  DENT.  Comédie  de    Sa 

un  acte,  par  Henry  Kistemaeckers. 


Chaque  pièce  est  ornée  de  nombreuses  simili-grai 


Chaque     numéro.      PRIX    NET    : 
Le    numéro    double.    PRIX    NET 


60    ce 

:     1  fr. 


LES    PIÈCES  A   SUCCÈS 


Deuxième  série. 


en    un   acte    de    Ge 


>^o  26.  —  Petin,   Mouillarbourg    et  consorts,  fantaisie    judiciaire 

Courteline. 
TNjo  27.  —  Grandeur  et  Servitude,  fantaisie  militaire  en  un  acte  de  Jules  Chancel. 
N»  2e.  —  La  Berrichonne,  comédie  en  un  acte  de  Léo  Trézenik. 
N»  29.  —  Un  verre  d'eau  dans  une  tempête,  comédie  de  salon  en  un  acte,  par  Louis  Schi 

et  André  Sciama. 
N»  3o.  —  L'Affaire  Champignon,  fantaisie    judiciaire  en    un  acte  de  Georges-  Courteli' 

Pierre  Veber. 
N»  3i.  —  La  Visite,  comédie  de  salon  en  un  acte,  par  Daniel  Riche. 
N»  32.  —  Le  Pauvre  Bougre  et  le  Bon  Génie,  féerie  en  un  acte,  par  Alphonse  Allais. 
N°  33.  —  Les  Crapauds,  comédie   en    un  acte.  —  La  Grenouille,  vaudeville  en  un  acte 

Léon  Abric. 
N»  34.  —    Le    Commissaire    est  bon   enfant,    comédie    de    salon  en  un    acte,  par  Ge 

Courteline  et  Jules  Lévy.  \ 

N"  35.  ~  La  Fortune  du  Pot,  vaudeville  en  un  acte,  par  Jules  Lévy  et  Léon  Abric. 
N°  36.  —  Les  Cigarettes,  pièce  en  un  acte,  par  Max  Maurey. 
N»  37.  —  Service  du  Roy,  comédie  de  salon  en  un  acte,  par  Henri  Pagat. 
No  38.  —  Nuit  d  été,  comédie  en  un  acte,  par  Auguste  Germain. 
No  3g   —  Les  Oubliettes,  comédie  de  salon  en  un  acte,  par  Bonis  Charancle. 
No  40.  —  La  Huche  à  pain,  drame  en  un  acte  en  vers,  par  Jacques  Redelsperger. 
N°  41.  —  Si  tu  savais,  ma  Chère!  comédie  en  un  acte,  par  Jules  Lévy. 

N°  42.  La  Grenouille  et  le  Capucin,  proverbe  en  un  acte,  par  Franc-Nohain. 

N"  43.  —  Le  Coup  de  Minuit,  vaudeville  en  un  acte,  par  Hugues  Deiorme  et  Francis  < 

N°  44.  —  Cher  Maître,  scènes  rapides  en  un  acte,  par  Xanrof. 

N°  45.  —  Capsule,  comédie  de  salon  en  un  acte,  par  Félix  Galipaux. 

No  45.  Ceux  qu'on  trompe,  comédie  en  un  acte,  par  E.  Grenet-Dancourt. 

No  ^2.  Un  bain  qui  chauffe,  comédie  en  un  acte,  par  Pierre  Veber. 

N»  48.  Blancheton  père  et  fils,  fantaisie  judiciaire  en  un  acte,  par  G.  Courteline  et  P.  V 

No  4g.  —  Un  début  dans  le  monde,  pièce  en  un  acte,  par  Max  Maurey  et  Paul  Mathiex 
No  5o.  —  Pour  la  Gosse,  pièce  en  un  acte,  par  Jules  Lévy.  s  »- 

AVIS  aux  Lecteurs  des  PIÈGES  A  SUCCÈS 

Nous  tenons  toujours  à  la  disposition  des  collectionneurs  "des  emboîtages  pouvant  co 
vingt-cinq  numéros  des  Pièces  à  succès. 

Ces  reliures  Gorillot  ont  ce  grand  avantage  :  permettre  à  tous  de  pouvoir  relier  le  v 
sans  le  secours  du  relieur. 

Prix  :  2  Ir.  50  et  franco  3  francs 


74137.  —  Imprinmeric  Lahuhe,  rue  de  Fleurus,  9,  à  Paris 


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Courteline,    Georges 

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Le  conirnissaire  est  bon 

07677 

enfant 

G64 

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